Cet après-midi, au travail, j’ai rempli à peu près 600 flacons de gel contour des yeux. Opération pas très intellectuelle, ô combien répétitive, qui laisse la possibilité à l’esprit de vagabonder. Et donc, le mien vagabondait… pas très loin, puisque je pensais à Simone Veil. Sujet d’actualité. Et je me suis rappelé que la première loi française sur les cosmétiques, c’est à cette femme d’exception qu’on la doit !
L’histoire remonte à « l’affaire du talc Morhange ». Accident dramatique qui, en 1972, coûta la vie à des dizaines de bébés.
A l’époque, toute bonne mère se devait de saupoudrer de talc les fesses de son bébé pour les protéger des irritations. Dans le talc Morhange de l’entreprise Givaudan, de l’hexachlorophène, un puissant bactéricide, était introduit à un très faible pourcentage pour en assurer la conservation. Suite à une erreur humaine, cette substance s’est retrouvée en très forte proportion dans le talc, tuant 36 bébés (dont le petit-fils du directeur de l’entreprise Givaudan) et laissant de graves séquelles neurologiques à plus de 200 autres.
La même année, l’hexachlorophène a été classée comme « substance vénéneuse » et interdite dans les cosmétiques.
Ce drame a eu bien entendu un retentissement énorme, et a mené les pouvoirs publics à la conclusion suivante : il fallait légiférer sur les cosmétiques ! C’est en 1975 que Simone Veil, alors ministre de la santé, a proposé et fait voter la « Loi du 10 juillet 1975 » sur la fabrication, la composition, la mise sur le marché, etc… des cosmétiques. Le principe de base était le suivant : « un cosmétique ne doit pas nuire à la santé humaine ».
On peut s’autoriser un petit cocorico, car ce texte de loi français a été adopté par l’Europe un an plus tard.
C’était aussi la première fois qu’une définition des cosmétiques était donnée : des « substances ou préparations autres que les médicaments, destinées à être mis en contact avec les diverses parties superficielles du corps humain ou avec les dents et les muqueuses, en vue de les nettoyer, de les protéger, de les maintenir en bon état, d’en modifier l’aspect, de les parfumer, ou d’en corriger l’odeur ». Cette définition a peu changé depuis.
En 1993, nouveau scandale : l’affaire du sang contaminé, qui a abouti à la création de l’AFSSAPS (Agence Française de Sécurité sanitaire des produits de Santé), en charge de la législation sur les cosmétiques. AFSSAPS qui a disparu en 2010, remplacée par l’ANSM (Agence Nationale de Sécurité des Médicaments et des Produits de santé).
Ce n’est qu’en 2009 que la réglementation sur les cosmétiques (applicable depuis 2013) a été revue et modifiée en profondeur.

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